Le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN) a organisé, mercredi 12 août 2026, une cérémonie officielle d’hommage au feu colonel Kléber Dadjo, ancien chef de l’État togolais. L’événement, présidé par le président du sénat, Barry Moussa Barqué, a été marqué par l’inauguration du mausolée érigé en sa mémoire à Borga, dans la commune de Doufelgou 1, au cœur du canton de Siou, dans la région de la Kara.
Premier officier de l’armée togolaise et président du Comité de réconciliation nationale, Kléber Dadjo a dirigé le Togo en qualité de chef de l’État et président de la République du 13 janvier au 13 avril 1967. Le nouveau site mémoriel accueille désormais ses restes et s’inscrit dans la mise en œuvre des recommandations de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR).
Un espace mémoriel de 2 689 m²
Le domaine affecté au projet s’étend sur une superficie de 2 689 m². Entièrement clôturé, il est accessible par deux grandes portes implantées au sud et à l’ouest. L’aménagement comprend plusieurs infrastructures destinées à accueillir les visiteurs et à favoriser le recueillement : une guérite d’accueil, une paillote de repos, une chapelle et une stèle monumentale.

Selon le maître d’ouvrage, la conception du site répondait à des exigences architecturales particulières, compte tenu de la personnalité à laquelle il est consacré.
« Le HCRRUN avait de fortes attentes architecturales puisqu’il était question d’honorer une grande personnalité de l’histoire du Togo. », a-t-il indiqué.
La chapelle est destinée aux moments de prière et de recueillement, tandis que la stèle monumentale constitue l’un des éléments centraux du dispositif mémoriel. L’ensemble est entouré d’espaces verts destinés à préserver la quiétude des lieux.
Une architecture adaptée au climat
Le mausolée proprement dit constitue le cœur du projet. De forme rectangulaire, il s’ouvre sur un hall d’attente précédé de deux grandes terrasses d’entrée. Le caveau, d’une dimension de 5 mètres sur 5, est implanté à l’arrière de l’édifice.
Sa conception tient également compte des conditions climatiques de la région. Une galerie extérieure protège les trois façades exposées aux intempéries et contribue à limiter l’exposition du caveau aux rayons solaires.
« Cette galerie fait office de zone tampon thermique. Elle supprime tout contact thermique direct avec les parois du caveau et l’isole efficacement des rayons solaires. Par ailleurs, le caveau est surplombé d’une coupole dotée d’orifices à sa base. Ce dispositif assure une ventilation naturelle continue et permet d’évacuer la chaleur afin d’éviter toute concentration thermique au-dessus du monument funéraire », a expliqué le maître d’ouvrage.
Le mausolée est implanté dans un paysage caractéristique de la savane, où dominent notamment les rôniers et les baobabs.
Une réparation mémorielle recommandée par la CVJR
La construction de ce mausolée s’inscrit dans le cadre des mesures de réparation mémorielle issues du processus de justice transitionnelle engagé au Togo.
La CVJR avait notamment formulé, dans sa recommandation n°46, la nécessité de rendre hommage à certaines personnalités disparues ayant occupé de hautes responsabilités et servi la nation togolaise.
En application de cette recommandation, le HCRRUN a engagé plusieurs initiatives visant à réhabiliter la mémoire de grandes figures de l’histoire nationale. Parmi elles, figure notamment Sylvanus Olympio, père de l’indépendance nationale.
Pour Kléber Dadjo, un projet d’hommage a été élaboré par le HCRRUN en 2020 et soumis à l’appréciation des autorités. La démarche a été conduite progressivement, avec une attention particulière portée aux droits et aux attentes des ayants droit.
Plusieurs années de préparation
Le processus de réhabilitation de la mémoire de Kléber Dadjo a nécessité plusieurs années de préparation. Selon le HCRRUN, deux années ont été consacrées à l’identification et à l’acquisition du domaine devant accueillir les infrastructures mémorielles.

Deux autres années ont été nécessaires à la production d’un ouvrage consacré au parcours du colonel et homme d’État. Ce travail a été confronté à plusieurs difficultés, notamment l’accès aux sources primaires et aux archives liées aux Forces de défense et de sécurité.
La question du transfert des restes de Kléber Dadjo avait également été au cœur des échanges entre le HCRRUN et sa famille. Les ayants droit souhaitaient leur transfert du cimetière catholique de Siou vers une propriété privée, évoquant notamment des actes de profanation de la tombe.
Le HCRRUN avait toutefois estimé que, compte tenu des hautes fonctions exercées par Kléber Dadjo à la tête de l’État, ses restes revêtaient une dimension patrimoniale nationale et ne pouvaient être transférés vers un domicile privé.
Awa-Nana Daboya, présidente du HCRRUN, a expliqué que les autorités avaient insisté sur la nécessité d’associer la famille à toutes les étapes du processus.
« Des instructions fermes ont été données à l’institution afin qu’aucune initiative visant à honorer la mémoire du colonel Kléber Dadjo ne soit engagée sans la concertation préalable et l’assentiment clair de sa famille, considérée dans son acceptation la plus large », a-t-elle déclaré.
« Ce mausolée n’est pas un simple monument mortuaire »
Entièrement financé par le budget de l’État togolais, le mausolée accueille désormais les restes de Kléber Dadjo. Pour le HCRRUN, le site ne se limite pas à une fonction funéraire : il constitue un lieu de mémoire destiné à contribuer au processus de réconciliation nationale.
« Ce mausolée n’est pas un simple monument mortuaire. Il est l’expression d’une vision, celle qui veut que les Togolais assument et affrontent avec courage leur passé dans tous ses aspects, en vue de soigner les ressentiments, les blessures et les frustrations qui entravent le vivre-ensemble », a déclaré Awa-Nana Daboya.
Pour la présidente du HCRRUN, le site doit également rappeler aux générations présentes et futures la nécessité de préserver la mémoire nationale.
« Ce monument nous rappelle l’impérieuse nécessité de nous souvenir de ceux qui nous ont dirigés, de marquer à leur égard notre gratitude pour les sacrifices qu’ils ont consentis et de nous inspirer de leurs œuvres pour la consolidation des bases de notre vie commune. »
Elle a enfin appelé les populations de Doufelgou, et particulièrement celles du canton de Siou, à préserver cet espace désormais considéré comme un patrimoine national.
La famille salue un hommage « national et républicain »
La famille de Kléber Dadjo a salué l’initiative du HCRRUN et des autorités togolaises.
Prenant la parole au nom de la descendance du défunt, Francis Dadjo, fils de l’ancien chef de l’État, a exprimé sa reconnaissance pour l’hommage rendu à son père.
« Prendre la parole aujourd’hui au nom de notre famille, en ma qualité de fils, est un immense honneur. Devant cette auguste assemblée, je ressens la double charge d’honorer un père protecteur et de saluer l’homme d’État qui appartient désormais de plein droit à l’histoire et au patrimoine immatériel de notre nation. », a-t-il commenté.
Il a estimé que l’érection du mausolée et l’organisation de l’hommage national constituent un acte important de reconnaissance.
« En élevant ces hommages au rang de célébration nationale et républicaine, vous posez un acte politique majeur. » Francis Dadjo a également rappelé une phrase que son père aimait répéter de son vivant : « Après ma mort, on parlera de moi ». « Aujourd’hui, cette parole se réalise », s’est-il réjoui.
La cérémonie d’inauguration du mausolée Kléber Dadjo s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités, ainsi que de représentants des autorités traditionnelles et religieuses. Avec ce nouvel espace mémoriel, le Togo entend ainsi inscrire davantage la mémoire de ses anciens dirigeants dans le processus de réconciliation et de construction d’une mémoire nationale partagée.
Atha ASSAN









