Au Togo, les progrès enregistrés ces dernières années dans le domaine des Droits et Santé Sexuels et Reproductifs et de la Planification familiale (DSSR/PF) apparaissent aujourd’hui fragiles. La réduction progressive des financements externes fait planer le risque d’un recul aux conséquences sanitaires et sociales majeures, notamment pour les femmes, les adolescentes et les populations les plus vulnérables.
Selon un rapport couvrant la période 2017-2022, le pays dépend à plus de 82 % des partenaires étrangers pour le financement des DSSR/PF. La contribution de l’État est estimée à environ 9 %, tout comme celle de la société civile. Cette forte dépendance vis-à-vis des partenaires techniques et financiers expose les acquis sanitaires à de sérieuses menaces dans un contexte marqué par la contraction des aides extérieures. Le retrait récent de l’USAID s’apparente ainsi à un véritable coup d’arrêt pour des avancées pourtant prometteuses.
Le retrait de l’USAID, un choc pour la planification familiale
Le désengagement de l’USAID a entraîné la fin prématurée du projet ExpandPF, financé à hauteur de 49,5 millions de dollars (27 644 522 400,00 FCFA) par l’Agence américaine. Mis en œuvre par l’Association togolaise pour le bien-être familial (ATBEF) et la Fédération internationale pour le planning familial (IPPF), ce projet visait à améliorer l’accès à des services de planification familiale de qualité et à influencer les politiques régionales et locales en la matière.
Lancé le 26 mars 2024, ExpandPF devait être déployé sur cinq ans et couvrir, dès la première année, 40 sites sanitaires répartis dans trois districts (Est-Mono, Haho et Kloto). Au-delà de son impact local, l’initiative ambitionnait de mobiliser le secteur privé, la société civile et les décideurs nationaux afin de renforcer durablement les pratiques de planification familiale.
Pourtant, malgré l’ampleur du financement et la pertinence des objectifs, ExpandPF n’a pas survécu à la réduction des financements extérieurs. Il était pourtant appelé à consolider les acquis du projet AmplifyPF (2018-2023), qui avait enregistré des résultats significatifs.
Des acquis menacés malgré des résultats probants
Selon le Dr Kokou Wotobe, Secrétaire général du ministère de la Santé, les projets AmplifyPF et son corollaire WABA ont permis l’enrôlement de 380 268 utilisatrices de produits contraceptifs, dont 122 471 nouvelles acceptatrices. « Cela représente, de manière cumulée, une augmentation de 8 % du taux de recours à la planification familiale du post-partum immédiat et de 69,6 % pour le post-abortum », a-t-il indiqué lors du lancement d’ExpandPF.
Ces avancées s’inscrivaient pleinement dans les objectifs du Plan national de développement sanitaire (PNDS). Leur pérennisation semblait acquise, avant que la réduction des financements ne compromette la continuité des interventions.
Des indicateurs encore préoccupants
Malgré les progrès, les indicateurs DSSR/PF au Togo restent préoccupants, a indiqué Apoété Zekpa, Secrétaire exécutif du Réseau des champions en plaidoyer pour le financement adéquat de la santé au Togo (RCPFAS), au cours d’une rencontre organisée par Remapsen-Togo avec l’appui du Partenariat de Ouagadougou.
D’après l’expert, le pays enregistre environ 362 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. Les besoins non satisfaits en planification familiale atteignent 48,8 % chez les jeunes (MICS 2017) et près de 24 % chez les femmes.
D’autres données confirment ces fragilités : le taux de mortalité maternelle est estimé à 399 décès pour 100 000 naissances vivantes (Nations Unies, 2022) ; l’indice synthétique de fécondité s’établit à 4,2 enfants par femme (Banque mondiale, 2022) ; la prévalence de la contraception moderne est de 26,3 % (Track20, 2023) ; et les besoins non satisfaits en contraceptifs atteignent 23,5 % (Rapport annuel DSMIPF, 2024).
Les grossesses précoces demeurent également un défi majeur. Au cours de l’année scolaire 2023-2024, 2 069 cas ont été recensés en milieu scolaire, contre 2 499 cas l’année précédente.
Mobilisation endogène, une alternative nécessaire
Face à la baisse des financements extérieurs, les acteurs nationaux plaident pour une mobilisation accrue des ressources endogènes. « Aujourd’hui, nous optons pour une mobilisation interne afin de réduire la dépendance de l’État, notamment pour le financement de la planification familiale », explique Apoété Zekpa. Selon lui, la réduction des financements aura pour conséquences une hausse des grossesses non désirées, des avortements clandestins et une détérioration des indicateurs de santé maternelle.
Le plaidoyer vise à renforcer l’engagement de l’État, des collectivités locales et du secteur privé. Actuellement, l’État consacre environ 150 millions de FCFA par an à l’achat de produits contraceptifs, avec l’engagement, pris dans le cadre de FP2030, d’augmenter progressivement cette enveloppe jusqu’en 2026.
Depuis 2017, le RCPFAS-Togo œuvre également à la mobilisation des collectivités locales. En 2021, les communes ont alloué plus de 42,8 millions de FCFA au financement d’activités de planification familiale. Par ailleurs, la société civile a obtenu la création d’une ligne budgétaire dédiée à l’achat des méthodes contraceptives, en vigueur depuis 2017.
Le rôle clé de la société civile et du secteur privé
La société civile togolaise contribue elle aussi au financement de la DSSR/PF. Chaque année, l’ATBEF mobilise environ 1,6 milliard de FCFA, dont 26 % sont consacrés spécifiquement à la planification familiale. Si 61 % de ces ressources proviennent encore de l’extérieur, une part croissante est issue du recouvrement de coûts, des cotisations des membres et de l’Initiative de la Citoyenneté Africaine (ICA).
Pour renforcer la durabilité du financement, certains experts suggèrent d’explorer des mécanismes innovants, tels que l’affectation fiscale dédiée à la santé, y compris la planification familiale.
Dans un contexte de raréfaction des financements extérieurs, le défi pour le Togo est désormais clair : consolider les acquis en s’appuyant davantage sur des ressources domestiques, afin de garantir un accès équitable et durable aux services de DSSR/PF.
Atha ASSAN









