Sur les flancs des montagnes de Tchikawa, dans la préfecture de Binah, et de Tamdè Lao, à Défalè dans la préfecture de Doufelgou, des femmes et des hommes s’activent à restaurer des terres dégradées. Ils aménagent des diguettes, creusent des tranchées et plantent des arbres pour lutter contre l’érosion, favoriser la rétention de l’eau et permettre à la végétation de reprendre ses droits. À Kassi, dans la même région de la Kara (environ 412 km de Lomé), la construction de puits et l’aménagement de pistes rurales contribuent à améliorer les conditions de production et d’écoulement des récoltes. Autant d’initiatives soutenues par le projet Food for Assets (FFA), ou « Assistance alimentaire pour la création d’actifs », qui associe restauration environnementale, sécurité alimentaire et renforcement des moyens de subsistance.
Lancé en 2024 dans les régions de la Kara et des Savanes, le FFA vise à renforcer la capacité des communautés à faire face aux effets du changement climatique, tout en créant des infrastructures et des équipements utiles à leur quotidien.
Des terres dégradées en quête de renaissance
Pour rejoindre les sites de Tchikawa et de Tamdè Lao, il faut emprunter des sentiers sinueux au pied des montagnes. Le paysage, marqué par des sols caillouteux, des baobabs et des rôniers, témoigne des contraintes auxquelles les communautés sont confrontées. Sur les versants, des équipes composées en grande partie de femmes s’emploient à aménager les terres pour freiner le ruissellement et limiter l’érosion.
À Tamdè Lao, il est environ 10 h 30, ce mercredi 14 octobre, lorsque les chants entonnés par les travailleurs attirent l’attention sur les hauteurs. Au terme d’une ascension qui demande un certain effort, le site se dévoile : des femmes et des hommes travaillent autour d’aménagements en terrasses, localement appelés « sourcils ». Ces ouvrages, associés aux diguettes et aux tranchées, ralentissent l’écoulement des eaux de pluie, retiennent l’humidité et contribuent à protéger les sols contre l’érosion. Ils créent également des conditions plus favorables à la régénération de la végétation, dans un environnement fragilisé par la déforestation et les effets du changement climatique.
Les premiers signes de reprise végétale sont déjà visibles sur certaines portions aménagées. Au-delà de la protection des sols, ces ouvrages peuvent ainsi contribuer à améliorer la disponibilité de l’eau, notamment pendant les périodes de sécheresse.

« C’est un joyau du village », souligne Pitikabalo Agouda, président du comité villageois de développement (CVD) de Tchikawa. À Tamdè Lao, Sana Assinda, président du CVD, fait état d’environ 19 000 aménagements réalisés au cours de l’année, avec la participation de plus de 600 bénéficiaires. Certaines tranchées constituent désormais des points de rétention d’eau utiles à la communauté.
La restauration des terres s’accompagne d’un important effort de reboisement. Dans la pépinière centrale, environ 30 000 plants ont été produits au cours de l’année. Il s’agit notamment d’espèces fruitières et d’autres essences sélectionnées en fonction des besoins des ménages. Une partie des plants est destinée aux plantations communautaires sur les flancs des montagnes, tandis que d’autres sont distribués aux familles pour favoriser le reboisement dans les espaces domestiques.

Pour Maman Saley, chef du bureau du PAM dans la région de la Kara, cette pépinière contribue aux efforts du gouvernement togolais en faveur de l’objectif de plantation d’un milliard d’arbres à l’horizon 2030. Elle permet aussi d’approvisionner les sites d’aménagement et de soutenir les initiatives de plantation au sein des ménages.
La production de plants constitue toutefois une première étape. La restauration effective des écosystèmes dépendra aussi de leur survie, de leur entretien et de leur capacité à se développer dans des conditions climatiques parfois difficiles.
À Kassi, l’eau redonne souffle au maraîchage
À Kassi, la résilience des populations passe notamment par un meilleur accès à l’eau. Le long de la rivière, les producteurs cultivent la tomate, le piment, le gombo, le chou et l’adémè. Mais à mesure que le cours d’eau s’assèche, notamment vers la fin du mois d’octobre, l’irrigation devient plus difficile. Une situation qui menace la continuité des activités maraîchères et les revenus des ménages.

La construction de puits dans le cadre du FFA contribue à réduire cette contrainte. « Avant, en octobre et fin novembre, il n’y avait plus d’eau pour arroser nos cultures », témoigne Mazabalo Yobou, membre du groupement Dignabana, qui rassemble environ 400 personnes.
Selon Manawa Charlotte Gnassibou, point focal du FFA à l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB) dans la région de la Kara, les interventions sont définies à partir des besoins exprimés par les communautés elles-mêmes. À Kassi, les producteurs ont ainsi sollicité la réalisation de 50 puits. Vingt ont été construits à ce stade, en fonction des ressources disponibles. Des démarches sont également en cours pour leur équipement en motopompes.

L’amélioration des conditions de production passe aussi par l’accessibilité des sites agricoles. Des pistes rurales ont été aménagées pour faciliter les déplacements vers les zones de maraîchage, les marchés et certaines infrastructures sociales, dont l’unité de soins périphériques (USP). Ces voies permettent aux producteurs d’acheminer plus facilement leurs récoltes et de réduire les difficultés liées au transport.
« Nous vendons une partie de nos cultures aux mamans cantines pour répondre aux besoins des élèves dans les établissements scolaires et nous vendons aussi au marché », explique Mazabalo Yobou.

La production maraîchère joue ainsi un double rôle : elle contribue à l’alimentation et à la bonne nutrition des ménages et à l’approvisionnement des cantines scolaires, tout en procurant des revenus aux producteurs. Pour ces derniers, la disponibilité de l’eau est déterminante. Elle permet de réduire la dépendance aux précipitations et de prolonger les activités agricoles lorsque les ressources hydriques se raréfient.
À travers ces investissements, le FFA cherche donc à renforcer les capacités productives des communautés, en agissant sur l’un des principaux facteurs de vulnérabilité de l’agriculture : l’accès à l’eau.
Des actifs communautaires au service des conditions de vie
Mis en œuvre depuis 2024 dans les régions de la Kara et des Savanes (Nord Togo), le projet Food for Assets est conduit par le gouvernement togolais avec l’appui du PAM et le soutien financier d’Australian Aid. Sa coordination est assurée par le ministère chargé du Développement à la base, à travers l’ANADEB, en collaboration avec les ministères chargés de l’Agriculture et de l’Éducation nationale.
Le programme repose sur la création d’actifs communautaires destinés à répondre aux besoins des populations. En participant aux travaux, les bénéficiaires reçoivent une motivation journalière. Pour les responsables du projet, cette motivation constitue un appui à la mobilisation communautaire plutôt qu’un salaire, les ouvrages réalisés étant conçus pour profiter durablement aux populations. Par ailleurs, cette modeste motivation permet aux bénéficiaires de développer des activités génératrices de revenus, dont les bénéfices contribuent à couvrir les besoins quotidiens de leurs familles.
À Kassi, les interventions comprennent également la création de jardins potagers familiaux et la distribution de foyers améliorés. Ces équipements visent notamment à réduire la consommation de bois de chauffe et, par conséquent, à limiter la pression exercée sur les ressources forestières.
La démarche repose sur une planification participative. Les communautés identifient les difficultés auxquelles elles sont confrontées et définissent les investissements prioritaires en fonction de leurs besoins. À Kassi, où l’accès à l’eau constitue une préoccupation majeure, les choix portent notamment sur les puits, les pistes rurales et les équipements domestiques. Sur les sites montagneux de Tchikawa et de Tamdè Lao, les interventions privilégient davantage les ouvrages antiérosifs et le reboisement.

Cette adaptation aux réalités locales permet de rapprocher les objectifs de restauration environnementale des préoccupations quotidiennes des habitants. Elle rappelle que la résilience climatique ne se limite pas à la plantation d’arbres. Elle dépend aussi de l’accès à l’eau, des infrastructures, des moyens de production et des possibilités de générer des revenus.

En combinant ces différentes interventions, le FFA cherche à répondre simultanément aux défis environnementaux et socioéconomiques. La restauration des terres doit ainsi contribuer à préserver les ressources naturelles, tandis que les investissements agricoles et communautaires soutiennent les moyens de subsistance.
Faire durer les acquis, un défi majeur
À Tchikawa, à Tamdè Lao et à Kassi, les réalisations ouvrent de nouvelles perspectives. Mais leur pérennité dépendra de la capacité des communautés à entretenir les ouvrages, à protéger les plantations et à organiser la gestion des infrastructures collectives.
Selon Maman Saley, les travaux de restauration menés suivant l’approche par bassin versant contribuent au retour de certaines sources d’eau ou au renforcement de celles qui existent déjà. À Tamdè Lao, ces interventions ont notamment favorisé la réapparition d’une source et renforcé d’autres points d’eau sur le site.
« Sur le site de Tamdè Lao, par exemple, cela a permis au projet de faire une sorte de château pour d’abord la consommation de la communauté et ensuite une grande barque pour pouvoir faire l’irrigation. Les barques devraient être en cascades puisqu’il y en a d’autres qui sont prévues pour que les ménages, pendant la saison sèche, poursuivent avec la culture maraîchère sur ce site. Nous avons travaillé en collaboration avec la Togolaise des eaux (TdE) pour la question de sécurité, pour que cette eau ne soit pas source de maladie. Cette eau est désormais disponible 12 mois sur 12 et gratuitement pour le bonheur de la population », détaille-t-il.

Ces infrastructures hydrauliques pourraient ainsi contribuer à sécuriser l’approvisionnement en eau et à soutenir les activités maraîchères pendant la saison sèche. Leur fonctionnement dans la durée nécessitera cependant un suivi technique, des mesures de protection sanitaire et une organisation collective de leur utilisation, avec l’implication des autorités locales et des services compétents.
La survie des plants constitue un autre enjeu majeur. La production en pépinière ne suffit pas à garantir la restauration des terres. L’entretien, la protection contre les aléas climatiques et le suivi des plantations seront déterminants pour assurer la croissance des arbres et leur contribution à la reconstitution du couvert végétal.
Les communes et les comités locaux auront donc un rôle important à jouer dans la gestion des actifs communautaires. Il leur faudra favoriser l’entretien des ouvrages, encadrer l’utilisation des points d’eau et veiller à ce que les populations continuent de bénéficier des infrastructures au-delà de la période d’accompagnement du projet.
Dans la région de la Kara, le FFA mise sur une approche qui associe restauration des écosystèmes, sécurité alimentaire et amélioration des revenus. En favorisant la rétention de l’eau, en soutenant le reboisement et en facilitant les activités agricoles, le programme cherche à renforcer les capacités d’adaptation des communautés face aux effets du changement climatique.
À Tchikawa et à Tamdè Lao, les ouvrages antiérosifs et les plantations dessinent les contours d’une restauration progressive des terres. À Kassi, les puits et les pistes rurales ouvrent de nouvelles possibilités pour les producteurs. Ces réalisations témoignent des efforts engagés, mais leur portée dépendra de leur capacité à résister au temps et aux contraintes environnementales.
La renaissance des terres et l’espoir des communautés se construisent ainsi au rythme des aménagements, des plantations et des récoltes. Le défi est désormais de transformer les réalisations du FFA en acquis durables, capables de préserver les ressources naturelles, de soutenir les moyens de subsistance et de renforcer la résilience des populations pour les générations futures.
Atha ASSAN








