À Lomé, la soirée du 26 septembre 2025 a été marquée par un procès pas comme les autres. Sur la scène Jimi Hope de l’Institut français du Togo, les légendaires Nana Benz ont été jugées dans le cadre d’un procès fictif organisé pour célébrer les 10 ans des Joutes Verbales Francophones (JVF).
Ces commerçantes, devenues iconiques dès les années 1960 grâce au commerce du wax, ont été placées symboliquement sur le banc des accusées. Le parquet a salué leur rôle moteur dans l’économie, mais a dénoncé des zones d’ombre : non transmission de l’art de vendre, absence de promotion des tissus locaux, manque de stratégie face à l’invasion des pagnes à bas prix et relations privilégiées avec les pouvoirs en place. Pour réparer ce « préjudice économique et social », il a requis une amende de 70 millions de FCFA destinée à soutenir l’entrepreneuriat féminin.
La défense, elle, a brossé un tout autre tableau. La représentante des accusées a défendu l’héritage des Nana Benz, pionnières parties de rien, qui ont hissé le Togo au rang de plaque tournante du textile en Afrique. « Nous avons donné une âme au pagne. Nos Mercedes n’étaient pas un luxe, mais des symboles de victoire dans une société qui voulait nous rendre invisibles », a-t-elle martelé, rappelant également leur investissement dans la scolarisation et le développement social.
Après des débats riches en témoignages, la Cour a tranché : les Nana Benz sont déclarées non coupables, mais condamnées à verser une indemnité symbolique de 70 millions de FCFA. Non pas pour sanctionner, mais pour ériger un monument à leur gloire, cofinancé par l’État, afin de préserver leur mémoire.
Entre célébration et interpellation, ce procès fictif a mis en lumière un paradoxe : celui de femmes ayant bâti une puissance économique hors norme, mais dont l’histoire reste encore marginalisée dans les manuels et les mémoires collectives. Pour Farida Moustapha, coordinatrice des JVF, ce verdict symbolise avant tout « la volonté de réhabiliter et transmettre aux générations futures l’héritage des Nana Benz ».
Atha ASSAN









