Ils étaient plus d’une trentaine de photographes professionnels, amateurs et passionnés d’images à parcourir, le samedi 22 août 2026, les rues d’Aného, appareils photo et smartphones en main. Organisée dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la photographie, cette balade photographique avait comme objectif de contribuer à voir Aného autrement et à mieux documenter son patrimoine à travers le regard de ses habitants et de ses visiteurs.
Aux environs de 11 heures, l’équipe conduite par l’Association Togolaise sur l’Art Photographique s’est lancée à la découverte de plusieurs lieux emblématiques de la ville. Du littoral à l’embouchure, en passant par les rues et certains sites stratégiques, les participants ont multiplié les prises de vue, s’intéressant aussi bien aux paysages et à l’architecture qu’aux scènes de vie quotidienne.
Pour Parmenas Awudza, photographe professionnel, l’essentiel est de rester attentif à ce que la ville offre au regard. « Tout ce qui attire le regard m’intéresse, la composition… On ne prédit pas. On fait avec ce qui attire », explique-t-il.
La pêche, une scène de vie au cœur des regards
Sur la plage, les pêcheurs de retour de mer offrent naturellement une matière riche aux photographes. Certains déballent les poissons de leurs filets, tandis que d’autres s’emploient à réparer ou à nouer leurs équipements. À proximité, des femmes viennent acheter le produit de la pêche.
Cette scène du quotidien retient particulièrement l’attention de Nicolas, photographe amateur et participant à la balade. « Nous sommes à Aného sur la côte. Donc l’une des activités phares, c’est la pêche. De fait, je cherche à capter un pêcheur », raconte-t-il.

Le pêcheur qu’il photographie présente d’ailleurs un autre visage de cette activité. Instituteur durant la semaine, il se consacre à la pêche le week-end. Une réalité sociale et économique que le photographe souhaite immortaliser.
Photographier aujourd’hui pour préserver demain
Au-delà des scènes de vie, l’architecture et le patrimoine bâti constituent également une source d’inspiration. Obed Gnyamakou, curateur et commissaire d’exposition, s’est notamment intéressé à l’architecture d’une chapelle. Sa simplicité l’a séduit, mais c’est surtout la crainte de sa disparition qui motive son cliché.
« Dans les années à venir, cette architecture va disparaître. Il est important de la sauvegarder en photo », souligne-t-il.
La photographie apparaît ainsi comme un moyen de conservation de la mémoire collective. Chaque cliché devient potentiellement un témoignage sur une ville, son architecture, ses pratiques et son environnement.
Professionnels et amateurs réunis autour de l’image
L’une des particularités de cette initiative est d’avoir réuni des photographes professionnels et des amateurs. Certains participants étaient équipés d’appareils professionnels, tandis que d’autres utilisaient simplement leur smartphone.
Pour Azaël, passionné de photographie, cette rencontre avec des professionnels constitue une occasion d’apprentissage et de découverte. L’embouchure, les épis rocheux et les visiteurs ont particulièrement retenu son attention. « Ici, tout paraît pour moi comme s’il y avait un décalage entre Lomé et Aného. Je fais des découvertes intéressantes », confie-t-il.
Même enthousiasme chez Fadel, juriste et amateur de photographie. Il a promené son regard sur différents détails du paysage, notamment une boîte de relais télécom installée sur la plage. Pour lui, l’expérience permet surtout d’échanger avec des professionnels et de mieux comprendre les bases d’une bonne prise de vue.

Kalé Akué-Kpakpo, jeune urbaniste et originaire d’Aného, a, elle aussi, voulu profiter de cette activité pour approfondir sa pratique. « La photographie m’intéresse. Et étant aussi originaire d’Aného, j’ai voulu participer à cette activité aux côtés des professionnels pour avoir les b.a.-ba », explique-t-elle. Elle dit notamment avoir appris quelques notions liées à la vitesse d’obturation, à la sensibilité et aux réglages sur smartphone.
« Donner à voir Aného »
Pour Ayaba Lina Florence Mensah, artiste photographe et coordonnatrice de l’Association Togolaise sur l’Art Photographique, cette balade s’inscrit dans une démarche plus large.
L’activité a été lancée le 19 août, à l’occasion de la Journée mondiale de la photographie, avec des séries de photos réalisées à Kara (Nord Togo). Pour l’étape du sud du Togo, le choix s’est porté sur Aného. Au total, 32 personnes se sont inscrites, réunissant professionnels et amateurs.
Pourquoi ouvrir cette initiative aux amateurs ? L’organisatrice évoque un constat : les images du Togo et de ses villes restent encore insuffisamment représentées sur internet, notamment à travers des photographies réalisées par des Togolais et mettant en valeur le patrimoine national.

« Nous n’avons pas suffisamment d’images qui présentent nos pays à l’échelle internationale. Sur la toile, nous n’avons pas de photos réalisées par des Togolais qui mettent spécifiquement l’accent sur notre richesse, la richesse de notre patrimoine », explique-t-elle.
Dans ce contexte, le smartphone devient un outil à part entière. « Aujourd’hui, les smartphones sont capables de faire de très belles photos. Pourquoi se priver de ces outils-là ? Pourquoi se priver de ces regards qui se cachent derrière les appareils ? », s’interroge-t-elle.
Des regards différents pour raconter une même ville
L’expérience semble également avoir produit des résultats encourageants. Ayaba Lina Florence Mensah se dit impressionnée par les premières images réalisées par les participants. Plage, pêcheurs, végétation, rues, architecture et aménagements de la ville ont été abordés sous des angles variés.

Pour la professionnelle et formatrice, cette rencontre avec les amateurs est aussi une source de fierté. Elle dit admirer leurs regards et les plans originaux qu’ils ont su proposer.
L’initiative a bénéficié de la bonne volonté de plusieurs acteurs. Si aucun soutien financier spécifique n’a été mentionné, l’association souligne le soutien humain des photographes professionnels, de la mairie et du Musée d’Histoire, du Vodou et des Arts d’Aného (MHiVAA) qui ont contribué à la bonne organisation de l’activité.
En fin de journée, les participants se sont retrouvés au MHiVAA pour une projection collective des images réalisées. Une manière de confronter les regards et de découvrir comment chacun a choisi de raconter Aného.
À travers cette balade, les organisateurs veulent aller au-delà d’une simple sortie photographique. Il s’agit de constituer progressivement une mémoire visuelle de la ville et de renforcer sa présence numérique grâce à des images de qualité, susceptibles d’être diffusées sur des plateformes libres de droit.
Atha ASSAN









