Depuis 2021, le gouvernement togolais s’est engagé dans un vaste programme de reboisement visant à mettre en terre un milliard d’arbres à l’horizon 2030. Si les campagnes annuelles affichent une progression régulière du nombre de plants reboisés, les chiffres disponibles montrent que le rythme actuel reste largement inférieur à celui nécessaire pour atteindre cet objectif. Que disent réellement les données ?
Une progression continue depuis 2021
Dès la première année, en 2021, environ 3 300 000 plants ont été reboisés sur 4 500 hectares. Les efforts fournis en 2022 ont porté ce chiffre à 5 207 250 plants sur 8255 hectares soit une augmentation d’environ 2000 000 d’arbres par rapport à l’année précédente. Une constance est gardée en 2023 dans l’augmentation avec 7 089 316 plants reboisés sur une superficie de 10 376 hectares en cette année, correspondant à une nouvelle progression de plus de 51 %. En 2024, d’après les chiffres communiqués en Conseil des ministres, 9 142 273 plants ont été reboisés sur 11 544 hectares, soit une augmentation de 15,9 % comparativement à l’année précédente.
En 2025, la campagne a connu une nette progression avec 13,37 millions de plants mis en terre sur 14 377 hectares, représentant une hausse de 46,3 % par rapport à 2024. Au total, entre 2021 et 2025, le Togo a ainsi enregistré 38 919 188 plants mis en terre sur une superficie globale de 49 052 hectares.
Nombre de plants mis en terre par espace de 2021 à 2025
| Années | Nombres de plants mis en terre | Espaces reboisés (ha) |
| 2021 | 3 300 000 | 4 500 |
| 2022 | 5 702 250 | 8255 |
| 2023 | 7 089 316 | 10 376 |
| 2024 | 9 142 273 | 11 544 |
| 2025 | 13 376 349 | 14 377 |

Le rythme actuel permet-il d’atteindre l’objectif ?
À ce stade, la réponse est non. Pour atteindre un milliard d’arbres en dix ans, le Togo devrait maintenir une moyenne de 100 millions de plants par an. Or, même en prenant en compte la forte progression observée en 2025, le pays reste loin de cette cadence. Les 38,6 millions de plants enregistrés sur cinq ans représentent moins de 4 % de l’objectif global. Autrement dit, à mi-parcours de la campagne, le pays aurait dû approcher les 500 millions de plants pour suivre la trajectoire initiale. Le cumul actuel demeure très en dessous de ce seuil.
Même si l’objectif de 16,8 millions de plants prévu pour 2026 est atteint, le total cumulé resterait inférieur à 60 millions d’arbres, soit encore très loin du milliard annoncé.
Faut-il pour autant parler d’échec ?
Pas nécessairement. L’analyse des chiffres montre que les campagnes gagnent progressivement en ampleur. Entre 2021 et 2025, le nombre annuel de plants mis en terre a été multiplié par plus de quatre. Cette évolution traduit une montée en puissance des capacités de production des pépinières, de mobilisation des populations et des acteurs locaux. Cependant, pour que l’objectif d’un milliard d’arbres reste atteignable, il faudrait une accélération spectaculaire du rythme de plantation dans les prochaines années, avec des volumes annuels plusieurs fois supérieurs à ceux actuellement enregistrés.
Des contraintes multiples
Au-delà d’un objectif trop osé, plusieurs facteurs freinent l’atteinte des objectifs de reboisement. Les effets du changement climatique compliquent la survie des jeunes plants dans certaines zones confrontées à des sécheresses prolongées ou à des pluies irrégulières. Les difficultés liées au foncier constituent également un obstacle important, notamment dans certaines localités où l’accès aux terres reste sensible. À cela s’ajoutent les impacts de la transhumance, qui provoque souvent la destruction de jeunes plantations, ainsi que la pression démographique qui réduit progressivement les espaces disponibles pour le reboisement. Le suivi et l’entretien des plants après leur mise en terre demeurent aussi des défis majeurs pour garantir un taux de survie élevé des arbres plantés. Le nombre de plants mis en terre ne correspond pas automatiquement au nombre d’arbres effectivement établis. Les spécialistes du reboisement rappellent que le succès d’une campagne dépend également du taux de survie des jeunes plants plusieurs mois ou années après leur plantation.
En somme, l’objectif d’un milliard d’arbres d’ici à 2030 n’est pas impossible sur le plan théorique, mais les données actuellement disponibles montrent que le rythme de reboisement observé depuis 2021 reste largement insuffisant pour atteindre cette cible dans les délais annoncés. Les chiffres confirment une progression réelle et continue des plantations, mais également un écart important entre les réalisations actuelles et la trajectoire nécessaire pour atteindre le milliard d’arbres en 2030.
Atha ASSAN









