Longtemps resté un sujet tabou, le cancer de la prostate s’impose désormais comme un véritable enjeu de santé publique. À travers la campagne « Novembre Bleu », les autorités sanitaires et les associations multiplient les actions de sensibilisation pour briser le silence autour de cette maladie qui touche exclusivement les hommes et qui progresse souvent sans bruit.
Au Togo, le cancer de la prostate figure parmi les premières causes de décès par cancer chez les hommes. Selon une étude réalisée au CHU Sylvanus Olympio de Lomé, plus de 300 nouveaux cas sont enregistrés chaque année. À l’échelle nationale, on dénombre environ 500 diagnostics pour près de 300 décès par an. Un constat préoccupant que souligne le Pr Kodjo Michel Tengue, chef du service d’urologie du CHU Sylvanus Olympio et président de la Société togolaise d’urologie (STU) : « Près de 75 % des patients consultent à un stade avancé, lorsque la maladie s’est déjà propagée aux os, aux poumons ou même au cerveau », alerte-t-il.
Des signes à ne pas ignorer
La maladie se développe souvent de manière silencieuse, mais certains symptômes doivent alerter : difficultés à uriner, faiblesse du jet, envie pressante d’uriner ou encore réveils nocturnes répétés. Ces signes, bien que banals, peuvent cacher une obstruction du canal urinaire causée par l’augmentation du volume de la prostate. Le Pr Sewa Viyome Edoe, professeur agrégé d’urologie à l’Université de Lomé, explique : « Quand la prostate grossit, elle peut comprimer l’urètre et empêcher l’évacuation de l’urine. Le patient a envie d’uriner, mais rien ne sort. Dans les cas extrêmes, il faut poser une sonde pour vider la vessie. »
Des facteurs de risque, pas de cause unique
Contrairement à certaines croyances, aucune cause directe du cancer de la prostate n’est identifiée. Les spécialistes évoquent plutôt des facteurs de risque, parmi lesquels l’âge, l’hérédité et la race. « Les hommes de plus de 50 ans sont les plus exposés. Chez ceux ayant un parent atteint, le dépistage doit commencer dès 45 ans », précise le Pr Edoe. « La testostérone, hormone masculine, joue aussi un rôle, tout comme le facteur génétique. Les hommes noirs présentent par ailleurs un risque plus élevé que les populations caucasiennes ou asiatiques. »
Un dépistage précoce qui sauve des vies
Le cancer de la prostate se soigne, à condition d’être détecté tôt. Les traitements varient selon le stade de la maladie et la condition du patient : chirurgie, radiothérapie, hormonothérapie ou chimiothérapie.
Les spécialistes insistent : le dépistage reste la meilleure arme contre la maladie. Un simple test sanguin du PSA et un toucher rectal suffisent pour détecter une anomalie. En ce mois de Novembre Bleu, le message est sans équivoque : messieurs, parlez-en à votre médecin, faites-vous dépister. Le silence coûte souvent plus cher que la prévention.
Atha ASSAN









