Étudiants, salariés et entrepreneurs se retrouvent à l’Institut Confucius de l’Université de Lomé pour apprendre le mandarin. Derrière cette démarche, des motivations diverses : découvrir une culture, mieux communiquer avec des partenaires chinois ou préparer des études à l’étranger. Des ambitions qui exigent patience et persévérance.
Pour Akouvi Mensah, étudiante en deuxième année de licence de gestion, tout a commencé par une curiosité. Apprendre le chinois, c’était d’abord découvrir une langue différente de celles enseignées dans son parcours habituel. Au fil des cours, cette découverte a pris une autre dimension.
« Au début, je voulais découvrir une langue différente de celles que nous apprenons habituellement. Mais au fil du temps, j’ai compris que cette compétence pouvait également être utile dans le monde professionnel. Aujourd’hui, je souhaite travailler dans une entreprise internationale et je pense que le chinois peut représenter un atout. »
À l’Institut Confucius de l’Université de Lomé, son projet croise ceux d’autres apprenants : étudiants en quête de nouvelles perspectives, salariés souhaitant faciliter leurs échanges professionnels, candidats à une bourse d’études en Chine. Tous viennent acquérir une compétence dont ils espèrent tirer parti dans leur parcours.
Créé en octobre 2009 dans le cadre d’un partenariat entre l’Université de Lomé et la Sichuan International Studies University (SISU), l’établissement a été officiellement inauguré le 30 octobre de la même année, avec une première promotion de 80 étudiants. Selon les informations publiées sur le portail des Instituts Confucius, il a formé plus de 5 000 apprenants depuis sa création.
Pour certains inscrits, l’intérêt du mandarin se mesure déjà dans leur activité quotidienne. Nadia Tchalla, assistante commerciale dans une société de vente de prêt-à-porter, travaille régulièrement avec des partenaires chinois.
« Dans mon activité, nous échangeons régulièrement avec des partenaires chinois. Même si les discussions se déroulent souvent en anglais ou avec l’aide de traducteurs, connaître quelques bases en chinois facilite le contact et crée une proximité. »
Christophe Adigbli, technicien dans le bâtiment, fait un constat similaire : « Sur certains chantiers, nous collaborons avec des entreprises chinoises. Pouvoir comprendre quelques expressions ou échanger directement avec certains interlocuteurs est un avantage. » L’apprentissage répond ainsi à un besoin de communication, mais aussi de compréhension des interlocuteurs. Kossi Adzrah, qui a également étudié le mandarin, souligne cette dimension : « Les relations économiques entre la Chine et l’Afrique sont importantes. Comprendre la langue me permet non seulement de communiquer, mais aussi de mieux appréhender certaines pratiques professionnelles et culturelles. »
Traduction, interprétation, commerce international, tourisme ou enseignement : les débouchés envisagés par les personnes interrogées sont variés. Ils traduisent leurs aspirations, sans constituer pour autant une garantie d’emploi.
D’autres apprenants ont un objectif académique précis. C’est le cas d’Essowè Kpadé, qui souhaite poursuivre sa formation à l’étranger.
« Mon objectif est d’obtenir une bourse pour poursuivre un master en Chine. Les cours me permettent de développer les compétences linguistiques nécessaires et de mieux comprendre l’environnement dans lequel je souhaite évoluer. »
L’Institut Confucius accompagne les candidats en leur fournissant des informations sur les programmes universitaires, les bourses et les procédures d’admission. Il organise également les examens HSK, qui évaluent les compétences en chinois, et HSKK, consacrés à l’expression orale. Ces certifications peuvent faire partie des conditions d’accès à certaines formations ou bourses en Chine.
La formation dépasse cependant la seule préparation aux examens. Aux cours de langue s’ajoutent des activités de découverte culturelle : calligraphie, arts martiaux, projections de films et danses traditionnelles. Une manière de familiariser les apprenants avec les références culturelles du pays où certains envisagent d’étudier ou de travailler.
Les tons et les caractères à l’épreuve de la patience
Ces perspectives ne font pas disparaître les difficultés. Le mandarin impose de nouveaux repères, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. La maîtrise des tons, l’apprentissage des caractères et la consolidation du vocabulaire nécessitent une pratique régulière.
« Le plus compliqué au début, ce sont les tons. Un même mot peut avoir plusieurs significations selon la manière dont il est prononcé. Il faut beaucoup de pratique pour progresser », explique Essowè Kpadé.
Kossi Adzrah insiste, lui, sur l’écriture : « Il faut apprendre progressivement les caractères et s’exercer régulièrement pour ne pas les oublier. »
Pour les personnes interrogées, progresser suppose donc de consacrer du temps à l’apprentissage, au-delà des heures de cours. Leurs projets professionnels ou universitaires restent leur principal moteur.
L’activité des Instituts Confucius s’inscrit dans la diplomatie culturelle chinoise. En faisant connaître la langue et la culture du pays, ces établissements contribuent à son rayonnement international. Leur présence dans les universités suscite également des débats sur leur gouvernance et l’indépendance académique.
Ces questions occupent toutefois une place différente dans le quotidien des apprenants rencontrés à Lomé. Essowè Kpadé reconnaît leur importance, tout en rappelant ce qu’il attend de sa formation.
« J’entends parfois parler de ces débats sur le rôle des Instituts Confucius dans les universités. Ce sont des questions importantes que les chercheurs et les responsables académiques doivent examiner. Mais, ce qui compte avant tout pour moi, c’est l’apprentissage de la langue et la découverte d’une autre culture. L’essentiel est de profiter de cette formation tout en gardant un esprit critique et ouvert sur le monde. »
À Lomé, le mandarin prend ainsi le sens que chaque apprenant lui donne : faciliter une conversation sur un chantier, renforcer une relation commerciale, préparer un master ou satisfaire une curiosité. Entre les premières expressions et la maîtrise de la langue, le chemin reste exigeant. Mais ces projets donnent aux efforts quotidiens une perspective concrète.
Hélène DOUBIDJI








