Comment traiter professionnellement les informations liées aux relations Chine-Afrique ? C’est autour de cette interrogation qu’une quinzaine de journalistes et d’experts se réunissent depuis le 24 mars 2026 à Dakar, dans le cadre d’un atelier. Initiée par l’École Supérieure de Journalisme des Métiers de l’Internet et de la Communication (E-jicom), en partenariat avec le Wits Centre for Journalism de l’Université de Witwatersrand, à Johannesburg, la rencontre est intitulée « Media and Africa–China Relations in a Shifting World Order ». Elle intervient dans un contexte de recomposition de l’ordre mondial, où les enjeux d’influence, de narration et d’information prennent une importance croissante.
Pendant trois jours, les participants venus de sept pays francophone d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, confrontent leurs expériences et analysent les défis liés à la couverture de la présence chinoise sur le continent.
Derrière ces échanges, un constat partagé : la Chine s’impose désormais comme un acteur incontournable en Afrique. Avec plus de 280 milliards de dollars d’échanges commerciaux en 2023, elle est devenue le premier partenaire commercial du continent. Ses investissements et financements, notamment à travers les prêts, ont profondément influencé les trajectoires économiques de nombreux pays africains.
Cette présence ne se limite pas aux chiffres. Sur le plan commercial, Pékin multiplie les initiatives pour faciliter l’accès de produits africains à son marché, notamment via la réduction progressive des droits de douane. Parallèlement, l’intensification des visites diplomatiques de haut niveau témoigne d’un repositionnement stratégique dans un contexte de rivalités internationales.
Ces évolutions alimentent cependant des débats parfois sensibles dans plusieurs pays africains. Endettement, exploitation des ressources, création d’emplois locaux ou conditions de travail : autant de questions qui divisent et nourrissent les discussions publiques. À cela s’ajoute une bataille de récits, marquée par la circulation de contenus biaisés ou manipulés, qui complexifie davantage le travail des journalistes.
C’est justement pour répondre à ces enjeux que l’atelier a été organisé avec comme ambition de renforcer les capacités des médias africains à produire une information rigoureuse, contextualisée et utile aux citoyens.
À l’ouverture des travaux, le directeur de l’E-jicom, Hamadou Tidiane Sy, a mis en garde contre les analyses simplistes, appelant les journalistes à mieux décrypter les rapports de force et les intérêts en jeu. Une approche également partagée par Chris Kabwato, du Wits Centre for Journalism, qui a souligné le manque d’initiatives similaires dans l’espace francophone et l’importance de créer des espaces de réflexion collective.
Les discussions sont enrichies par les contributions d’experts de haut niveau, parmi lesquels le Pr Chérif Salif Sy, spécialiste de l’économie politique du développement, le Dr Ibrahima Niang, sociologue des relations internationales, et Hamidou Samba Ba, enseignant-chercheur en science politique et en géopolitique.
Au-delà des analyses, cet atelier se veut aussi un espace de co-construction. Journalistes chevronnés, rédacteurs en chef et directeurs de publication, tous confrontés à des réalités éditoriales différentes, partagent leurs pratiques et interrogent ensemble la manière de mieux couvrir un partenariat aussi complexe que stratégique.
Dans un environnement informationnel de plus en plus disputé, l’enjeu est de taille : produire des récits équilibrés, fondés sur les faits, capables d’éclairer les citoyens africains sur les dynamiques profondes des relations Afrique-Chine.
Hélène DOUBIDJI









