Deux mois après le lancement de l’opération de libération du littoral togolais, l’avenir des espaces récupérés commence à se dessiner. Les autorités annoncent un projet d’aménagement côtier comprenant des infrastructures immobilières, commerciales et récréatives. Mais au-delà de cette ambition de modernisation, la question de l’accessibilité de la plage au grand public et de la préservation de son caractère d’espace public reste entière.
Le 1er septembre 2026, le gouvernement togolais lançait une opération de libération, de sécurisation et de préservation du littoral. Cette initiative, conduite par le Comité ad hoc du Grand Lomé, visait à mettre fin aux occupations jugées anarchiques, à améliorer la salubrité et à renforcer la sécurité sur les plages. Un peu plus de deux mois après, alors que les occupants concernés ont quitté les lieux, une autre étape se profile : celle de la transformation des espaces libérés.
Invité de la Télévision nationale (TVT), Joseph Koamy Gbloèkpo Gomado, ministre délégué auprès du ministre de l’Aménagement du territoire, chargé du Développement local, a exposé les motivations de cette opération. Il évoque notamment les difficultés liées à l’insalubrité, à l’installation anarchique sur certains espaces et aux problèmes de sécurité.
Pour justifier cette intervention, le ministre rappelle que l’occupation du littoral est encadrée par des dispositions légales, notamment la loi n° 2021-011 du 25 mai 2021 relative à l’aménagement, à la protection et à la mise en valeur du littoral, ainsi que le Code foncier et domanial. Selon lui, les opérations de déguerpissement ont été précédées de plus d’un an de sensibilisation, de réunions et d’échanges avec les occupants afin de faciliter la libération des lieux.
L’ampleur des problèmes de salubrité a également été mise en avant. Lors d’une opération ‘’Togo Propre’ menée sur le tronçon compris entre la plage située face à l’hôtel de la Paix et l’hôtel Sancta Maria, les services mobilisés auraient collecté 35 m³ de déchets, soit près de 14 tonnes, selon les chiffres communiqués par le ministre. Un constat qui illustre les défis auxquels reste confronté le littoral, au-delà de la seule question de son occupation.
Un projet d’aménagement aux ambitions immobilières affirmées
Les espaces récupérés ne devraient pas rester durablement sans affectation. Le ministre annonce un projet d’aménagement côtier haut de gamme, conçu autour d’une vision moderne et d’un environnement paysager attractif.
Le programme envisagé comprend notamment des immeubles d’appartements haut de gamme, des bâtiments à vocation commerciale, un centre de conférences et un parc de jeux destiné aux enfants. Des aménagements paysagers devraient également accompagner ces infrastructures afin de faire du littoral un pôle d’attractivité.
Cette orientation marque un changement important dans la perspective donnée à la plage de Lomé. D’un espace longtemps occupé par diverses activités, le littoral pourrait devenir une zone de valorisation immobilière, commerciale et touristique. Une ambition qui soulève néanmoins des interrogations sur les modalités concrètes de réalisation du projet, son financement, son calendrier et les acteurs appelés à intervenir.
La question de l’espace public au cœur des enjeux
Au-delà de la modernisation annoncée, le principal enjeu reste celui de la préservation de l’accès public à la plage. La réalisation d’infrastructures haut de gamme sur le littoral ne doit pas conduire à une appropriation de fait de ces espaces par des intérêts privés, au détriment des populations.
La plage constitue en effet un espace de détente, de loisirs et de sociabilité pour différentes catégories de citoyens, indépendamment de leur niveau de revenu. Son aménagement devra donc concilier les ambitions économiques et touristiques avec le droit des populations à profiter du littoral
La dimension environnementale mérite également une attention particulière. La lutte contre l’insalubrité ne peut se limiter à une opération ponctuelle de nettoyage ou de déguerpissement. Elle suppose un dispositif durable de collecte des déchets, d’assainissement, de surveillance et de protection de l’écosystème côtier.
À ce stade, les grandes lignes du projet ont été présentées par le ministre, mais plusieurs précisions restent attendues, notamment sur les garanties d’accessibilité publique, les mécanismes de protection environnementale et les modalités de gestion des futurs aménagements.
La réussite de cette opération ne se mesurera donc pas uniquement au nombre d’occupants déguerpis ni aux infrastructures qui sortiront de terre. Elle dépendra surtout de la capacité des autorités à faire du littoral un espace propre, sécurisé, valorisé et accessible à tous. Car moderniser la plage de Lomé ne devrait pas signifier en réserver les bénéfices à une catégorie privilégiée de la population.
Atha ASSAN








